Un moment avec Eli Esseriam

Publié le par Sophie

Je vous ai déjà parlé de la série Apocalypsis dont j'ai, tout simplement, adoré les deux premiers tomes (ma chronique du 1 et du 2).

En attendant de lire les prochains tomes, j'ai eu envie d'en savoir plus sur cette jeune auteure talentueuse.

 

Je laisse donc la place à Eli Esseriam...

 


 

L’écriture

 

Pourquoi et comment avez-vous commencé à écrire ?

Ça, c’est une question difficile. Me souvenir de quand j’ai commencé à écrire, c’est aussi compliqué que chercher à me rappeler la première fois où j’ai vu la neige. C’est loin. Je sais que mon institutrice de CE1 avait décelé en moi une certaine facilité pour l’expression écrite, que mes profs de collège lisaient mes rédactions à toute la classe (moments de solitude extrême) et que j’ai toujours été plus à l’aise par écrit. C’était mon petit truc à moi, pour me distinguer, m’exprimer, briller un peu, créer la surprise, convaincre ou même plaire. Je pense souvent que c’est ma parade, ma façon d’exister. L’écriture compense ma timidité maladive, soigne mes petites névroses. Elle révèle une vie intérieure que je ne laisse pas voir autrement.

 

De quoi vous inspirez-vous ?

De la vie, des gens, de l’ordinaire. Ma famille, mes proches, mes collègues et patients. Mes inconnus, aussi. Parce qu’on a tous nos inconnus, qu’on croise au rayon fruits et légumes ou devant la poste. Des familiers dont on ne sait rien mais à qui on attribue des vies, des histoires, des personnalités. J’aime regarder les autres. Je suis une contemplative, et une voyeuse certainement. Je trouve tout un chacun totalement fascinant, surtout s’il est ennuyeux à mourir, ordinaire ou stupide. J’adore découvrir les failles, débusquer les secrets, apprendre les anecdotes honteuses. L’être humain est merveilleux, fou, complexe. Un sujet d’étude et d’hébétude permanent.

 

Avez-vous un rituel d’écriture ?

Je ne crois pas. Je peux écrire en ayant un œil sur la télé, une oreille remplie de musique. J’aime écrire un peu dans le petit resto de mon ami Greg, la Dînette, en regardant les clients défiler sur fond de jazz manouche. Et puis, quand je travaille de nuit à l’hôpital, que tout est tranquille. Ce sont des moments propices à la réflexion. Toujours. Mais dans ma chambre, sur mon lit, c’est encore là où j’écris le mieux. Et le plus. C’est normal : l’endroit où l’on dort, celui où on rêve, est forcément le meilleur.

 

Quels sont vos projets en cours ?

Je n’en ai pas. Officiellement. Je laisse passer la vague « Apocalypsis ». Je prends le temps d’achever correctement les choses. Je suis en train de peaufiner le tome 5. Je ne veux rien laisser au hasard. Parfois, je suis tentée d’être un peu indolente, de faire l’impasse mais j’en suis incapable. Et puis, après, j’aimerai trouver le temps de dormir un peu, voyager, apprendre d’autres choses. Pour nourrir mes prochains projets, certainement.

 

La lecture

 

Avez-vous toujours aimé les livres et la lecture ?

Indiscutablement ! Je me souviens parfaitement que je numérotais les tranches de mes premiers livres, que je répartissais dans différents casiers de ma petite étagère. Je voulais créer ma propre bibliothèque. Je m’incrustais dans les sorties supermarché pour le seul plaisir d’être abandonnée au rayon bouquins. J’ai passé beaucoup, beaucoup de temps dans ce coin-là.

 

Quels livres ont marqué votre enfance ?

Il y en a des tas ! Tout Solotareff, et en particulier « quand je serai grand, je serai père Noël ». Les couleurs sont belles et un peu inquiétantes… Domitille de Pressensé et sa collection d’ « Emilie ». A cause d’elle, j’ai traqué les hérissons pendant bien des années. Et puis, toutes les histoires de la famille souris, écrites par Kazuo Iwamura. Je peux encore entendre ma mère me les lire… J’étais  aussi très amoureuse des illustrations du livre « le merveilleux voyage à travers la nuit » de Helme Heine. C’est un livre rêveur qui m’a beaucoup marquée, petite. Je vous le conseille !

 

À quoi ressemble votre bibliothèque ?

A moi, je suppose. Et à celle que j’avais lorsque j’étais enfant : bien classée, par thèmes, collections. Intentions j’ai envie de dire. On y trouve de quoi découvrir John Lennon, apprendre des rudiments d’hébreu, concocter des recettes au Nutella. Il y a des livres d’art, de photographie et d’architecture, des ouvrages qui traitent des religions, du symbolisme et de l’Histoire. Les vieux classiques bien de chez nous y sont également mais aussi les grands russes, allemands, britanniques… Et puis des dizaines de livres pour enfants, un harmonica, des petits orgues de barbarie et des lunettes en papier rigolotes, entre autres. C’est un joyeux cumul de tout ce que j’aime. La bibliothèque est l’élément central de mon appartement. Je me moque qu’on me cambriole parce que je sais que mes livres, eux, seront toujours là. Et pourtant, c’est ce que j’ai de plus précieux.

 

Si vous deviez conseiller un livre, ce serait :

Un livre ?! C’est impossible ! Parce qu’il y a autant de livres que de gens, d’envies, de moments ou de goûts. Néanmoins, si j’étais condamnée à n’avoir plus qu’une seule lecture, pour le reste de ma vie, je garderai un Kundera. Même si « L’insoutenable légèreté de l’être » est sublime, j’opterai peut-être pour « L’immortalité ».

 

Les lecteurs

 

Quelles relations avez-vous avec vos lecteurs ?

Eh bien, de jolies relations, j’imagine. Et j’espère ! Avec certains, nous entretenons une correspondance très instructive. Enrichissante. J’ai toujours beaucoup de plaisir à échanger avec eux. C’est à la fois étrange, drôle et très éclairant, d’observer ce que son livre génère de questions et de réflexions. Je n’aurai jamais pensé provoquer ce genre de choses. On ne se l’imagine sans doute jamais. Et heureusement !

 

Utilisez-vous internet pour parler de vos livres et/ou communiquer avec vos lecteurs ?

Oui, oui bien sûr ! Généralement, c’est par là que tout arrive. Ils m’écrivent via Facebook et, le cas échéant, nous passons au papier. J’aime les lettres. Rien n’est plus merveilleux que recevoir une jolie enveloppe, l’ouvrir, la parcourir. C’est tellement plus vrai que les mails. Parce que c’est moins paresseux, plus exigeant. Et puis, j’adore tout ce qui est un peu vieillot et, malheureusement, l’art épistolaire tombe vraiment en désuétude.

 

Faites-vous des rencontres en écoles, librairies, bibliothèques ?

En école, non, pas encore. Pourtant, je crois que ça me plairait beaucoup de savoir ce que les lycéens pensent de tout ceci. En librairie, ça m’est arrivé. C’était un joli moment. Cela dit, je ne suis pas certaine d’être très douée pour ce genre d’exercices. Le nombre m’intimide beaucoup. Je préfère l’échange privilégié, avoir le temps et l’opportunité de connaitre correctement une personne. Chacun son truc !

 

Votre saga : Apocalypsis

 

Apocalypsis

D’où vous vient cette envie d’écrire une histoire sur l’apocalypse et ses cavaliers ?

Je n’avais pas envie d’écrire sur l’Apocalypse. Et je n’ai d’ailleurs pas le sentiment que ce soit l’essentiel, dans mes livres. C’est plus un prétexte, une toile de fond. Apocalypsis parle du libre-arbitre, de la volonté de s’extraire de son quotidien pour se soumettre, ou non, à ce qu’on attend et exige de nous. Cette série parle de destins, de choix et d’individus. Des liens qui existent entre eux, qui se créent ou se distendent. De la vie, en somme.

 

Votre saga fonctionne et ne manque pas d’originalité mais n’avez-vous pas eu peur, en cette année 2012, de ne faire qu’une histoire parmi d’autres ? Comment avez-vous voulu faire la différence ?apocalypsis 2

Les meilleurs livres restent des bouquins parmi d’autres. Les miens à plus forte raison ! Je n’ai pas été effleurée par toutes ces questions parce que, quand j’ai commencé à écrire cette histoire, je n’imaginais pas une seconde être publiée. C’est aussi simple que ça. J’ai imaginé Alice, Edo, Max et Elias dans mon coin. Pour notre plaisir, à Fred Ricou et moi. J’ai fabriqué les héros que je ne trouvais pas dans mes lectures. Sur mesure. Je ne m’interdisais rien, de fait, puisque je n’avais pas peur du regard extérieur. Et je crois que c’est précisément ce qu’il fallait, non ?

 

Dans les deux premiers tomes de votre saga, vous avez réussi à créer des personnages très différents et pourtant attachants. Est-ce que pour les deux autres personnages auront des caractères et des vies à ce point opposés ou bien ressembleront-ils plus à Edo ou Alice ?

Ils sont tous les quatre très différents et, à la fois, ils ont des points communs, des douleurs similaires, des complexités analogues. C’est très humain. Chacun d’entre nous peut se découvrir des affinités et des ressemblances avec des êtres qui nous paraissent pourtant extrêmement éloignés de notre mode de vie, milieu social ou valeurs intrinsèques. C’est ce qui est formidable et insondable, d’ailleurs, dans les rapports humains. A la base, Alice, Edo, Max et Elias ne sont pas fait pour être capable de se parler, se comprendre ou s’apprécier. Ils sont comme les quatre points cardinaux : ils ne désignent pas les mêmes directions, ne peuvent se rencontrer mais représentent à eux tous une forme d’équilibre, de complétude. Mais il existe des liens, entre eux, leurs mondes respectifs, leur entourage. Des connections étonnantes et profondes. Insoupçonnables.

 

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Si  j’imagine assez bien ce que seront les tomes 3 et 4 de la saga avec Elias et Maximilian, je me pose plein de questions sur le fameux dernier livre qui les réunit. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu ?

Le tome 5, Oméga… C’est un peu le livre des révélations. Il est à la fois la fin et le commencement, parce qu’il permettra de découvrir et comprendre un tas de choses. Il éclaire l’intrigue. Dans Oméga, on verra que le bien et le mal sont des notions très floues, approximatives et sœurs. Que chacun a sa part solaire et ombragée, qui se succèdent et s’alternent, comme dans une journée ordinaire. Dans Apocalypsis, à plus forte raison, je crois qu’il n’y a pas beaucoup de personnages dont on puisse dire avec certitude « lui, il est vraiment gentil » ou « elle, c’est clairement une méchante ». Tout est mélangé, emmêlé, confus. On découvre le côté obscur de ceux qu’on aimait spontanément, mais aussi la partie tendre de certains qu’on jugeait mal, un peu trop vite. Pour celui qui sait lire entre les lignes, Oméga sera la genèse de la vie des quatre Cavaliers, le mode d’emploi, la note explicative. Il réserve des surprises. Jusqu’à la dernière page…

 


 

Je dis un grand merci à Eli Esseriam pour ses réponses passionnantes. Vous pouvez la retrouver sur sa page Facebook ici.

J'espère que cela vous aura plu et surtout que vous aurez envie de découvrir la série si vous ne la connaissez pas encore.

Pour la suite des aventures des cavaliers de l'Apocalypse, il ne reste plus que quelques jours à patienter puisque les tomes 3 et 4 seront chez votre libraire dès le 7 juin 2012.

Publié dans Interview, Eli Esseriam

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