Un moment avec Tristan Koëgel

Publié le par Sophie

Tristan Koëgel est un tout jeune auteur qui a publié son premier roman chez Didier jeunesse en janvier dernier.  Le grillon, récit d'un enfant pirate m'avait beaucoup plus, j'ai donc eu envie d'en apprendre un peu plus sur son auteur.

 

Aujourd'hui, je partage avec vous, l'interview à laquelle il a gentiment accepté de répondre pour le blog et j'en profite pour le remercier.

 


 

L’écriture

 

Pourquoi et comment avez-vous commencé à écrire ?

Je ne saurais pas répondre à la question : Pourquoi ? Un jour, on prend un carnet, on note les idées qui nous passent par la tête, on les développe un peu parce qu'on ne veut pas les lâcher tout de suite... Parfois, ces idées deviennent histoires, parfois non. Pourquoi écrire est une drôle de question. Pourquoi arrêter d'écrire ? On s'amuse avec les mots dès la classe de maternelle, on écrit son prénom, puis celui de quelqu'un d'autre, puis bien des choses encore ; les mots traînent derrière eux des guirlandes d'idées. Écrire des histoires, c'est continuer à jouer avec la langue, c'est poursuivre ce jeu d'enfant. 

 

Avez-vous un rituel d’écriture ?

J'aime écrire le matin de bonne heure et prendre toute la matinée, voire déborder sur l'après-midi quand c'est possible. Je vide une cafetière entière, et j'écoute en fond sonore de la musique sans paroles, sans texte. Je m'arrête quand je commence à faire des bonds sur ma chaise, ou faire trop souvent les cent pas entre deux paragraphes... L'idéal, c'est de n'avoir aucun impératif. J'ai la trouille des créneaux horaires efficacement gérés, lorsqu'on se dit : « J'ai deux heures devant moi, je peux boucler un chapitre. » Là, en général, je ne fais rien.

 

Quels sont vos projets en cours ?

Un deuxième roman est en phase de correction. Il se déroule au Népal. Un pays dans lequel j'ai eu la chance de me rendre plusieurs fois et que j'aime énormément.

 

La lecture

 

Quels livres ont marqué votre enfance ?

L'ouvrage que j'ai le plus feuilleté, sans m'en lasser, était une encyclopédie en plusieurs volumes rouges. Les articles me fascinaient et les illustrations stimulaient mon imagination. J'étais peut-être trop feignant pour faire l'effort de me laisser séduire par des romans, cela est venu par la suite.

 

À quoi ressemble votre bibliothèque ?

Elle ressemble à celle de quelqu'un qui tente de rattraper le temps perdu à ne pas lire ! Elle ressemble un peu au Père La chaise aussi... C'est peut être dû à mes études ou au fait que je suis venu un peu tard à la lecture passionnée, mais à chaque fois que je me rends dans une librairie, j'en ressors avec plus d'ouvrages d'auteurs anciens que de contemporains. Je suis attiré par ce que je pense que je devrais connaître, c'est un tort difficile à soigner mais j'essaie...

 

Si vous deviez conseiller un livre, ce serait :

C'est difficile de ne parler que d'un livre. Mais j'ai quelques indispensables : les Poèmes Saturniens de Verlaine, La Fin de Satan de Victor Hugo, Cyrano d'Edmond Rostand. Le Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes de Rousseau est inévitable je crois.  J'ai découvert tardivement L'amour aux temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez et ai été très séduit par ce réalisme volontiers onirique. En jeunesse, Perlino Comment de Fabrice Melquiot est d'une beauté rare.

 

Les lecteurs

 

Quelles relations avez-vous avec vos lecteurs ?

Le Grillon est mon premier roman, je n'ai pas encore eu l'occasion de les rencontrer malheureusement. Ma fille l'a lu et je peux dire que j'ai d'excellentes relations avec elle !

 

Avez-vous des rencontres en écoles, librairies, bibliothèques de prévues ?

Nous en discutons avec mon éditrice. Je serai au salon du livre [ndlr : à Paris en mars] en compagnie d’Éric Senabre et de Pascal Ruter, deux autres auteurs de la collection roman de Didier Jeunesse. J'espère que d'autres rencontres auront lieu !

 

Quatre questions sur Le grillon

 

le grillon

 

Le grillon est votre premier roman. A-t-il été difficile de le faire éditer ?

J'ai essuyé quelques refus pour différentes raisons. Mais dès que je suis entré en contact avec Didier Jeunesse tout est allé très vite.

 

D’où vous est venue cette histoire ?

L'idée m'est venue en lisant un article sur la piraterie dans le corne de l'Afrique. J'ai réalisé naïvement que la piraterie n'était pas morte ! Je me suis ensuite demandé ce qu'il se passerait si sur un de ces vaisseaux pirates se trouvait un enfant. Comment vivrait-il ? Resterait-il un enfant, quels seraient ses jouets ? Comment appréhenderait-il le monde en n'ayant jamais touché terre ? Quels effets aurait-il sur ses compagnons ? Le Grillon n'est pas un récit documentaire sur la guerre civile en Somalie ou sur les enfants soldats mais plutôt l'histoire singulière et commune à la fois d'une émancipation. Cependant, le contexte dans ce pays est tel qu'il m'a semblé important de m'y  attarder un peu.

 

C’est une histoire de pirates qui se passe à notre époque. Pourquoi ne pas l’avoir placée dans un temps plus ancien où les pirates avait une épée et un perroquet sur l’épaule ?

Justement, c'est prendre le contre-pied des histoires de pirates traditionnelles qui m'a intéressé. Une histoire de pirates, mais sans barbe postiche ! Ils existent, réellement. Et il m'a paru intéressant de parler de ce contexte tel qu'il est ou du moins tel que je me le représente. Je souhaitais que cette histoire soit ancrée dans le réel mais que le lecteur soit aussi mis en face de la poésie qui peut en émerger, quel qu'il soit.

 

Je pense pouvoir dire que l’imaginaire a sauvé Mostéfa dans votre récit. Pensez-vous que dans la vie réelle, l’imaginaire puisse avoir ce pouvoir ?

Je pense qu'il y a autant de réalités qu'il y a de regards sur le réel. Il me semble qu'avoir un regard trop pragmatique sur l'existence est d'une tristesse absolue. Beaucoup d'adultes ont un point de vue sur le monde qui va dans ce sens et s'y tiennent. Je trouve cela un peu restrictif et moins courageux que la vision qu'ont la plupart des enfants sur lui. Mostéfa vit dans un univers violent, mais il rêve, il rit. Il ne s'attarde pas uniquement sur ce qui le fait souffrir. Sa naïveté est sa force. Et ce qu'il imagine n'est pas une réponse positive à ce qu'il vit. Ça fait partie de sa vie comme le reste. D'ailleurs, ces choses qui n'existent que pour lui l’emmèneront quelque part où il ne s'était pas imaginé aller.

Publié dans Interview, Tristan Koëgel

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